Le week-end du 5 et 6 septembre a accueilli le festival des séries asiatiques à Paris. Axé sur les short dramas, l’événement a mis à l’honneur créateurs et acteurs de l’industrie audiovisuelle lors de conférences exclusives. Durant ces deux journées, professionnels et passionnés de contenus asiatiques ont été amenés à découvrir les coulisses des dramas verticaux. L’équipe AAI a assisté à la masterclass tenue par Wenwen Han, actrice chinoise et fondatrice de la plateforme Short Drama Alliance.
L’émergence d’un format nouveau : le “duanju”
Depuis quelques années, un changement progressif s’opère sur les plus petits écrans. Court et addictif, le duanju fait son entrée en 2023 et rencontre un fort succès lors de la sortie américaine de The Double Life of My Billionaire Husband. Ce concept né en Chine déploie une formule qui lui est propre : une production en verticale, des épisodes courts inférieurs à deux minutes et des thématiques similaires aux soap operas, qui gravitent autour d’adultère, argent et pouvoir.
Accessibles via des réseaux sociaux comme Tiktok et YouTube, ces micro-séries présentent régulièrement des extraits publicitaires avant de rediriger les spectateurs vers une plateforme, nous explique Wenwen Han, fondatrice de la plateforme Short Drama Alliance. Pour garder son public, le premier épisode se doit de présenter l’intrigue et ses enjeux efficacement, et de se terminer sur un cliffhanger. Une fois l’intérêt installé, le spectateur défile d’épisodes en épisodes jusqu’à rencontrer un paywall — un mur de paiement pour poursuivre le visionnage sur la plateforme. En Chine, le concept est d’ores et déjà adopté, le marché des duanjus représente 60 milliards de yuans en 2025, soit environ 8,3 milliards de dollars. «Le marché est donc immense ; près de la moitié de la population chinoise regarde des duanjus, soit environ 600 millions de personnes», explique Wenwen Han.
Une production audiovisuelle économique
L’industrie des dramas verticaux présente un atout économique majeur. Produites verticalement, ces séries peuvent directement être filmées avec un smartphone, limitant un premier coût matériel. Les prises sont courtes, le tournage rapide, et les structures narratives sont réutilisées selon le succès des précédents scénarios. Ce système audiovisuel de production en masse se sert désormais d’outils d’intelligence artificielle pour se défaire des frais de décors, générer des teasers et traduire automatiquement les épisodes.
Certaines plateformes vont jusqu’à abandonner les acteurs pour se diriger vers des personnages en IA, mais pour Wenwen Han, ce phénomène n’est pas unanime parmi les plateformes. Lorsqu’on lui demande de quelle manière intervient l’intelligence artificielle dans ses productions, elle défend l’avis qu’une partie du public reste réticente à l’idée de visionner des personnages en IA. Pour la PDG de Short Drama Alliance, le remplacement des acteurs au sein des micro-séries n’est pas pour tout de suite, ceux-ci étant encore largement soutenus par les spectateurs et la profession.
Une mise en danger des métrages horizontaux ?
Les séries traditionnelles sont-elles mises en péril ? À priori, aucune concurrence n’est voulue entre les deux formats. Alors que les séries horizontales sont réalisées pour un visionnage long et minutieux, les dramas verticaux, eux, sont pensés pour une consommation légère et rapide. Les deux objectifs sont aux antipodes, et les short dramas empruntent finalement notre temps d’écran habituellement passé sur les réseaux sociaux. Plutôt qu’un passage d’un format à un autre, il serait approprié de considérer ces contenus nouveaux comme transmédiatiques, englobant plusieurs médias à la fois.
En Europe, un autre inconvénient intervient également dans la propagation des micro-séries : la répétition. À force de récupérer les mêmes schémas narratifs, l’industrie se voit manquer de diversité au sein des scénarios. C’est ce que constate Wei Fangdan, fondateur de Beijing Going Global, dans le documentaire de la plateforme Duanju France. Spécialisé sur les questions d’expansion internationale, il témoigne de la réticence qu’ont les productions à innover, due à la méconnaissance des codes et normes locales : «À l’internationale, les entreprises chinoises hésitent encore à explorer cette diversité. C’est un défi qu’elles doivent relever». En 2026, la part du marché des duanjus s’estime à 210 millions de dollars sur le continent européen, contre 1,5 milliard de revenus aux États-Unis, nous précise Wenwen Han.
Lorsque la France entreprend la diversité
Lors du festival des séries d’Asie, Emmanuelle Amelin, présidente de 5 oceans entertainment, a dévoilé son nouveau projet. Mobilisée dans l’industrie du divertissement asiatique, Amelin met à l’honneur l’Asie et ses artistes en France. Durant sa conférence sur l’essor des Boys Love et Girls Love, la fondatrice de 5oceans a annoncé entreprendre la production de dramas verticaux à son tour. Inspirées des duanjus, ses productions se veulent néanmoins plus travaillées, avec un focus sur la qualité scénaristique et musicale. L’inclusion et la diversité sont elles aussi deux critères chers à Emmanuelle Amelin ; ainsi, elle prévoit la production de séries aux thèmes LGBT, apportant de ce fait les quelques couleurs manquantes au paysage médiatique des séries verticales.
Reporter Naya V.
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Credit : © Kaikai photographie
